27 juin 2005

Quand j'entends le mot sculpture...

Début de soirée chez les artistes. Beaucoup de jeunes entre 16 et 52 ans. On fait semblant de s’intéresser deux minutes ; bien sûr on est ici pour boire à l’œil, enfin presque.
Là, il y a des choses en plastique et aussi des capotes gonflées à l’hélium, des installations qui bougent avec des ventilateurs, des trucs en pâte à sel, des phallus et des vulves non ? Un truc anti-raciste en carton et pas mal de machins qui font réfléchir et là ? Ah non, ça c’est l’extincteur, fatalement, ni titre ni signature, ah ! Aussi une série de merdes et de clés en glaise (ok facile..), bref, un tas de sculptures quoi.
En fond, du rap sauce blanche, le décor est planté, on est chez les rebelles. Une voix de kebab humain crache son flot pourri ; quelle daube ! Ils en ont de l’argent pour louer la galerie et puis l’alcool à tout va ; c’est bien. Ok c’est la mairie qui raque. La France a les poètes qu’elle peut.
Mais bon on ne va pas se plaindre, c’est vrai, un euro le verre c’est bien, vraiment bien. Du Gamay ; c’est pas si dégueulasse et puis ça fait un peu nazi ; subversion quand tu nous tiens.
On ne va pas dire que c’est l’enfer non plus. Non, je ne vais pas faire mon Camille de Toledo, je ne suis pas obligé de passer mon temps avec eux, moi ; ça reste vivable et puis il y a deux trois filles jolies, le Marquis de Prada nous attend dans la caisse, dans un quart d’heure on est ailleurs et puis une des œuvres d’art se souviendra de notre passage, de là à savoir si l’artiste lui-même remarquera quelque chose avec sa gueule de nudiste en T-shirt ; c’est facile à manipuler le carton, vraiment.

21 heures, direction voiture et une furieuse envie d’écouter Monteverdi ou Laibach, histoire de prendre une douche au vitriol et de se débarrasser de la couche de crasse bourgeoise dans laquelle nous nous sommes vautrés faute de mieux et d’argent. Il fait frais, les bars implosent sous la médiocrité ambiante. Samedi. Nous aussi faisons partie de cette comédie, souvent… parfois. Dépit, faiblesse, lâcheté ? Quoi d’autre. Avons-nous une excuse ? Non, nous avons le choix. Nos alibis sont minces. Il s’agit encore d’assumer nos paradoxes. Tout est là.
Une pensée vers le Vatican, ce sera Monteverdi.
Nous ne parlons pas de la soirée. Quelque chose d’orageux… Qui pourrait penser que cela puisse nous toucher autant. Même pas moi il y a quelques années.
Côme débouche le Marquis. La bouteille tourne à quatre dans la voiture échouée sur ce trottoir ; annexion provisoire ; le Nisi Dominus des Vêpres de la Vierge fait trembler l’habitacle.
Nisi Dominus custodierit civitatem
Frustra vigilat qui custodit eam

—Il faudrait appeler
Il n’y aura rien, nous le savons ; pas le son d'une cloche, pas même un silence ; il faut appeler... Personne ne sortira dans la rue ici ; la terre ne tremblera pas.
—Non, pas encore…

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Soundtrack : Section 25, Charnel Ground [en boucle]

Commentaires

Manuel d'intervention en territoire bobo, extrait :
1 Identifier au plus vite l'endroit où se trouve l'extincteur.
2 Avoir au préalable rédigé sur une feuille 3/10, au verso autocollant, une phrase du genre : Jeune fille morte de honte le jour de ses premières rêgles.
3 appliquer l'autocollant juste sous l'extincteur afin qu'elle fasse office de titre.
4 attendre la fin de l'expo en s'assurant que l'artiste à bien recupéré l'extincteur ainsi que ses autres merdes.
5 téléphoner à la police en lui signalant une bande de jeunes éméchés et bruyant à l'adresse de la salle d'expo.
6 fermeture de la dite salle pour non respect des normes de sécurités.

Ecrit par : Rigolus | 10 juillet 2005

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