07 juillet 2005
Inerties
Très jeunes nous voulions vivre selon l’ancienne ordonnance ; hommes à treize ans, sous l’étoile d’or de Saint-Louis, dans le vacarme des armures ; écoliers de mélancolie ou moines soldats – quand le ciel était si grand que même les enfants le comprenaient.
Puis ce fût le Grand Siècle. Déjà le goût des formes irrégulières et définitives, de l’harmonie dans le paradoxe, de la beauté comme manifestation de la vérité. Passacaille d’Armide. Lully arborait un I grec. Soleil éclatant. Nous n’avions que faire de l’ombre.
Un crochet en Vendée et Charrette refusant comme un dernier bras d’honneur le bandeau qui devait ceindre son front.
Vint le Spleen de Paris et l’œil clignotant des bleus becs de gaz ; au loin un autre poète pendait à une corde rue de La Vieille Lanterne ; un autre encore devait écrire L’Intersigne avant de dire adieu à Malte. Dix-neuvième fantasmé, exécrable siècle, mais autant d’entailles sublimes.
La Belle Epoque et Les Années Folles eurent un succès équivalent, cannes plombées, Maïakovski ; l’enthousiasme en moins. Depuis longtemps l’amertume avait fait son travail.
La guerre nous y avions pensé. D’Estienne D’Orves ou Drieu.
Plus tard nous vînmes à nous dire que les années cinquante n’étaient pas mal non plus.
Bientôt nous voudrons vivre l’année dernière et à ce rythme là, un jour, nous finirons par vouloir vivre tout court, par dépit.
Soundtrack : Lamento Della Ninfa – Amor. Monteverdi / Vincent Dumestre
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Commentaires
Tant que l'on ne finit pas par vouloir vivre dans le futur rien n'est perdu... encore que...
Ecrit par : Jules Maigret | 07 juillet 2005
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