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14 juillet 2005
Streets 1
Assis en tailleur à l’angle du tabac-presse il porte été comme hiver le même imperméable élimé et salue les clients qui entrent en accompagnant son geste d’une remarque dérisoire et courtoise ; sa voix crépite comme un tas de feuilles mortes, son timbre monocorde est celui d’un jouet cassé. La plupart des gens se foutent de ses paroles aussi heureuses qu’inutiles, seuls certains vieux du quartier s’arrêtent de temps à autre pour savoir comment va le bonhomme et évoquent un instant le temps à venir en faisant semblant de râler. Lorsque de jolies mamans, souvent décoratrices d’intérieur, viennent à passer baskets aux pieds accompagnées de leurs progénitures il met son nez rouge en plastique et imite le clown en tordant la bouche. Les enfants rient en s’éloignant et les jeunes mères comme ces garçons dynamiques et bronzés, riches à trente ans, oublient, portable rivé à l’oreille, de lâcher une cigarette ou un centime superflu. Ah quoi bon ? L’homme sans âge à l’angle du tabac-presse n’a visiblement pas l’air si malheureux : été comme hiver il blague et sourit aux passants, son œil étincelle et sa bouche édentée ne réclame jamais. Son écuelle en métal ne brille que par sa discrétion et son chien ne revendique rien. Peut-être ne ressent-il même pas les variations de température qui nous accablent tant.
Soundtrack : Georg Muffat, chaconne en ré mineur / Andreas Staier-clavecin
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