28 juillet 2005
L'Examen de quatre heures vingt-quatre
Lorsqu’à quatre heures vingt-quatre du matin l’envie de marcher sur la rambarde d’un pont nous assaille et que la raison ou un ami trop sobre nous demande en levant les yeux au ciel de balayer d’un revers de la main cette idée stupide, proposons-leur plutôt de venir avec nous faire un bout de chemin sur la pointe des pieds. Bien entendu nous sommes ivres, ce n’est pas de poésie dont il s’agit ni même de randonnée, la lune est haute et nous avons une fois de plus fait comme si Dieu n’existait pas.
« Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique. »
Un vent de lucidité nous gifle, allons ! L’air est plus frais près du fleuve. Avons-nous lu ça quelque part ? Nous l’ignorons. Nos poches sont vides et le seul souvenir qu’il nous reste est cette espèce d’impétuosité non dénuée de nonchalance avec laquelle nous avons cherché un flacon d’alcool à quatre-vingt-dix dans la pharmacie de la dernière personne chez qui nous étions après avoir, bien entendu, quitté les bras de cette fille qui n’est déjà plus la même que celle qui nous accompagne. Oui, nous ; la première personne du singulier est particulièrement désagréable dans ce genre de situation, alors faites un effort ou brisez la vitre. Voilà ! Contre la rambarde. Nous avons donc roulé une cigarette et fait tomber la moitié du tabac dans l’eau noire. Quelques feuilles virevoltent autour comme des petites sorcières, mais qu’importe. L’heure est à l’ordalie. Il s’agit de savoir de quel côté penchera la balance. Qu’avons-nous fait cette nuit si ce n’est ce que nous avions promis de ne pas refaire hier ? Mais stop. Là encore nous avons des excuses ; nous sommes de si mauvais juges, alors quoi ! L’équilibre ne se soudoie pas. Il y a longtemps que l’électricité nous empêche de nous cacher dans les ténèbres mais les ponts ont des rambardes assez larges pour que nous puissions trancher.
Ainsi dans la désastreuse horizontalité de ma nuit je me tenais sur la pointe des pieds, prêts à sauter dans le vide ou à tomber sur le cul.
Soundtrack : Bauhaus — The Three Shadows —
09:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Un saut, dans l'eau glacée et noire du fleuve, vous ramènerait bien vite à la raison et au café brûlant du premier rade du coin, pour peu que vous sachiez nager, évidemment.
Ecrit par : Jus†ine | 28 juillet 2005
Oui ma "raison" aurait certainement besoin d'une gifle..
Ecrit par : Axël | 29 juillet 2005
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