10 août 2005

Streets III

Pourquoi marcher dans cette rue, si ce n’est pour aller d’un point A à un point B dans le but d’accomplir une action capitale dont les conséquences, si tout se déroule comme prévu, devraient avoir l’impact que nous attendons sur les choses que nous savons, d’un pas rapide et décidé comme si nous serions en train de jouer notre existence suivant une cadence réglée au millimètre avec le regard exercé qu’emploierait celui qui sait avec exactitude le temps qui le sépare du succès ? On est en droit de se le demander. Car la rue n’a rien d’un raccourci et encore moins d’un détour et si nous nous rappelons dans les grandes lignes du point A nous aurions, si l’on nous posait la question, quelque difficulté à situer le point B sur une carte, même si celle-ci nous contraint à admettre, à grand renfort de rouge vif, que nous sommes ici et que chaque pas nous en éloignerait inévitablement au point de nous retrouver là-bas en moins de temps qu’il n’en faudrait pour tirer à pile ou face ou savoir si en fin de compte nous ne serions pas mieux ici que là-bas. Pourtant rien ne nous oblige à choisir et les gens d’ici sont à peu près les mêmes que là-bas. Nous n’allons pas vérifier, c’est l’intuition qui parle et Dieu sait s’il en faut pour se déplacer sans boussole et sans but ;  surtout ici. Nous sommes à peu près certain de retrouver les mêmes personnes là-bas, la même méchanceté, la même bêtise, la même crasse, le même amour pour tout ce que nous haïssons. Alors nous voudrions ne plus être ici mais chez-nous, là-bas ; nous étendre un instant sur notre divan rouge, armé d’un verre de race, nous voudrions la présence rassurante de la bibliothèque et faire aller nos regards avec indolence des tableaux au paysage, car le paysage vaut bien les tableaux. Or nous n’avons ni divan rouge ni tableau. Les livres sont vendus, le vin est imbuvable et la fenêtre donne sur le néant ; mais nous avons une tête et par extension deux mains pour la cacher.

Soundtrack : Jean-Philippe Rameau – Prélude / Olivier Baumont – clavecin

Commentaires

"Et bien tentez de prendre du recul justement.. "
Du recul ? Mon dieu mais je vais reculer jusqu'où comme ça, il y a un moment où on tombe quelque part je sais pas, on peut plus, si, encore?

"Ne pas être en harmonie avec le monde actuel c'est plutôt signe de bonne santé mentale dans un sens."
Je me demande toujours comment c'est possible qu'il y ait si peu de gens qui vont mal comparativement à la merde de ce monde.

"Plaignez plutôt ceux qui se roulent dans cette merde avec le sourire et qui n'ont conscience de rien."
Je les plains et je me réjouis d'avoir conscience.

"Pensez à la littérature, voyez ce que d'autres ont pu aussi endurer et les questions qu'ils..."
"Je me fous de la littérature. Je ne crois qu'à la vie éternelle !..."

"Il sera toujours plus difficile pour quelqu'un de lucide de survivre, car il n'a pas d'excuse ni l'aveuglement nécessaire pour participer à la grosse fiesta médiatique, là est son mérite et sa beauté."
Oui

"Ok, vous allez dire et à juste titre que ce que je balance est facile"
Bon d'accord, ce que vous dites est facile. ;)

...

Ecrit par : Desperate Young Man | 10 août 2005

Et moi qui croyais que ces paysages et ce divan rouge (y'avait une fille dessus, si mon souvenir est exact) existaient bel et bien, dans ta tête.

Ecrit par : Inès | 10 août 2005

Mais nous avons une tête, et par extension un esprit pour s'évader.

Ecrit par : Jus†ine | 10 août 2005

Si je te dis : surréaliste. Cela te rafraîchit-il la mémoire ?

Ecrit par : Inès | 10 août 2005

Inès, je veux bien un indice de plus je crois que j'ai un gros problème de mémoire ce matin..

Justine.. c'est très.. juste.

Ecrit par : Axël | 10 août 2005

Merci pour le sympayhique lien. A bientôt.

Ecrit par : OrnithOrynque | 13 août 2005

De même.

Ecrit par : Axël | 13 août 2005

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