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12 octobre 2005

Im vampirzustand

Quelque chose bouge dans la mansarde. Dès que je me fige pour écouter, bloquant ma respiration comme le ferait un noyé, les bruits s’estompent et c’est mon propre cœur que j’entends ; déjà une bonne dizaine de systoles foutues en l’air et à peu près le même nombre de diastoles sur lesquelles je pourrais méditer trente secondes avant ma mort. Dans la rue noire une voiture tourne et découpe au milieu des ténèbres une affiche façon Cassandre à travers la fenêtre d’en face. Aérographie navale vantant de poussiéreux futurs, transatlantiques, assez décalés pour me distraire d’une éventuelle tachycardie ; il faut bien se résoudre à laisser le moteur fonctionner seul, syncopes, contre temps, tout est compté. Quelque chose bouge là-haut et ce n’est pas un rat. Il y a longtemps que les rats ont quittés la ville. Les rongeurs savent partir à l’heure et n’ont que faire de l’espérance. Les rats n’ont rien d’angoissant en soi. Du pain et des caresses suffisent à apaiser leur colère. N’empêche que lorsque j’écoute Allison Cook en Fortuna j’ai l’impression que la basse continue vient d’en haut. De même : violes, théorbes, luths et doigts sur le clavier. Je presse eject  mais la musique déborde dans un fracas de plectres que l’on tarde à étouffer — retirer les mains d’un coup comme si les touches devenaient brûlantes. Il n’y a pourtant rien dans cette mansarde, du moins rien d’officiel. Cependant quelque chose a calqué sa vie sur la mienne. Ce n’est pas la première fois que nous écoutons le même disque ou que nous écrivons ensemble. Mêmes boucles, traits, jambages, ratures. Je ne serais pas étonné que l’on trouve des doubles quelque part là-haut, voire que la configuration de la mansarde se rapporte dans le moindre détail à ma chambre jusque dans la décoration. Pourquoi cette chose ne se contente t-elle pas d’être elle-même ? J’ai beau tenter de la prendre par surprise, de changer subitement de direction, d’opinion, de ne pas faire ce que je suis censé faire depuis que je suis sa référence, mais l’écho ne s’offusque pas de mes contradictions. Je me demande jusqu’à quel point ce truc parvient à se faire passer pour moi lorsque je suis sorti ni quels avantages auxquels je n’ai pas accès y a-t-il à me dédoubler, si ce n’est ce léger retard qui permettrait de ne pas commettre les erreurs qui me rendent souvent le quotidien impossible ; l'amélioration clinique que seul le recul peut offrir : une seconde chance. Je me demande ce qu’il se passerait si je me jetais par la fenêtre. Aurais-je la colonne vertébrale doublement brisée sous son poids ? Je ne suis pas rassuré à l’idée que cette chose puisse me survivre, ne serait-ce qu’une seconde.

Soundtrack : Christian Death — Romeo’s distress

Commentaires

Vous revoila enfin !

Ecrit par : L'Inutile | 15 octobre 2005

Et avec un texte magnétique.

Ecrit par : Fleur | 17 octobre 2005

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