11 mai 2006
La nuit où j'ai été Victor Hugo (remix)
L’autre nuit je rentre furieusement inspiré. Allez savoir pourquoi, je suis complètement ivre mais je me persuade d’écrire à tout prix quelque chose : un incipit d’une importance majeure, la réflexion qui tue ou le vers de la mort – rien à voir avec le film - que sais-je ? Un semblant d’acouphène en fond et la violente impression que Victor Hugo est tombé dans mon verre. Urgence. Papier, crayon – mine cassée je m’acharne, au pire je relirai grâce au relief ; la feuille se déchire. Trop risqué. Commencer par allumer la lumière. Fuck ! Surtout ne pas laisser les muses de Victor au voisin, ou pire, à ce troupeau de jeunes qui passent en hurlant sous ma fenêtre – ouverte sur ce que les gens de bon sens appellent un mythe. C’est qu’il y a malheureusement peu de gens de bon sens qui ont la chance de vivre dans ce climat de légende. Alors ils sont jaloux. Certainement. Et puis que feraient-ils de mes muses, ces jeunes. Ils sont déjà poètes, d’office ; ont-ils d’ailleurs besoin d’écrire quoi que ce soit ? Moi, déjà trente ans, c’est pas gagné.
La lune est au bon endroit, sans aucun doute. L’ai-je déjà vue ailleurs qu’à quelques centimètres du coin gauche de la fenêtre ? Peut-être. Il y a longtemps et sous une forme tout à fait différente. Plus d’encre ! Plus de cartouche ! Je n’ai pourtant jamais aimé Victor Hugo. Un feutre fera l’affaire. Non, pas les Misérables - faut pas déconner hein, même à quatre heures du matin et avec le front en sang - bizarre ça d'ailleurs - on verra pour le titre ensuite. Le vent, certainement. D’habitude il me rend fou ou me laisse une implacable migraine, là il me rend juste Victor Hugo. A moins que ce ne fût ce petit tour en vélo une fois de plus emprunté à K. Possible. Il n’y avait pas de vent. C’est que j’ai une passion pour le vélo à trois heures du matin moi, pourvu qu’il soit vieux, qu’il grince, que sa propriétaire l’ait appelé Mishima pour une raison qui m’échappe et que je ne doive pas rentrer avec. Qu’importe ! Voilà c’est écrit, c’est noté, c’est là ! Demain il n’y aura plus qu’à tirer sur la ficelle. Je plie la feuille, la glisse entre deux livres, éteints la lampe, me couche et sombre dans ce que les gens de lettres appellent le sommeil. Je ne sais si j’ai rêvé de panthéons roses et de lauriers en plastique mais au réveil aucun souvenir de cet épisode, rien. Ce n’est que bien plus tard et presque par hasard que j’ai redécouvert, non sans émotion, ce morceau de papier à moitié déchiré. Le fruit de ma furor divinans tenait donc en trois lignes presque illisibles, dont cette profonde réflexion concernant la Tour de Pise :
« Je penche donc je suis. »
Cet aphorisme poignant :
« Le bonheur c’est comme le malheur mais en bien »
Ce début de roman prometteur :
« C’était en décembre, à l’orée du solstice, alors que je revenais d’un long voyage en Allemagne – non, j’déconne. »
Bref, je vais tenter de réduire ma consommation d’alcool hebdomadaire à zéro. Au moins pour cette semaine. Quant à la prochaine fois où je me sens devenir Victor Hugo ce sera au lit, sans sommation.
Soundtrack : Darkthrone – Too old too - fucking - cold



Commentaires
Bonjour Bel-Ami...
Ecrit par : YoSHii | 11 mai 2006
Ravi de vous revoir à nouveau en région de dissemblances... comme dirait l'autre...
Ecrit par : Saûl | 11 mai 2006
…
Ecrit par : yoyostereo™ | 28 mai 2006
Etre Victor Hugo, quel cauchemar!
Ecrit par : Cadichon | 02 juin 2006
Il y a de multiples états de l'être, Cadichon!
Prenons Victor Hugo du côté de la anse qui n'est pas cassée!!
http://www.mishabittleston.com
ou
http://www.mishabittleston.com/artists/victor_hugo/
(Je ne sais jamais mettre les adresses!!)
Ecrit par : Isabelle des Charbinières | 02 juin 2006
La deuxième est bonne.
A bientôt de vous lire.
Ecrit par : Isabelle des Charbinières | 02 juin 2006
Un texte peu connu de Victor Hugo
L'HALEINE SOLAIRE
Je déteste le soleil épais, pesant, éblouissant des beaux jours.
Les pluies en mai m'enchantent, étrangement. Un ciel couvert de nuages peut réveiller en moi les ardeurs les plus molles mais les plus authentiques. La vie, la vie poétique, cotonneuse, indolente, je la sens sous l'onde de mai, qu'elle prenne la forme de crachin tiède ou de grand voile humide. Mes humeurs s'affolent avec une exquise lenteur lorsque entrent en scène les particules d'eau qui virevoltent dans les airs, s'immiscent sur les toits, humectent les feuilles. Sur la ville la pluie vernale apporte une fraîcheur aqueuse pleine de l'odeur des champs. L'atmosphère est ralentie, trouble, chargée de réminiscences.
J'aime ne voir au-dessus de ma tête qu'un immense manteau d'une blancheur uniforme.
En juin le ciel entièrement couvert me donne une sensation d'éternité, de profondeur, mais aussi d'infinie légèreté. Les aubes de juin sans soleil me ravissent. A la lumière crue et directe de l'été je préfère la clarté douce et diffuse que filtre une barrière de brumes blanches.
En juillet je n'espère que l'éclat nivéen d'une lumière d'avril. Certains jours du mois estival la nue ne laisse passer aucun rayon, alors les champs de blé deviennent pâles comme si la Terre était devenue la Lune.
Août, je le préfère sous un vent doux et serein plutôt qu'embrasé par des tempêtes de lumière. Là, le monde m'apparaît sous son vrai jour : sans les artifices et superficialités communément inspirés par l'astre.
L'alchimie nuageuse provoque en moi un mystère de bien-être qui m'emporte loin en direction des espaces nébuleux, haut vers l'écume céleste.
Entre genèse des étoiles et éveil du bourgeon.
VICTOR HUGO
Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 14 juin 2006
Raphaël Zacharie de Izarra !!! L'auteur à la plume acerbe et parfois romantique ???
Ecrit par : ??? | 15 juin 2006
bonjour, j'arrive du blog de comtessa et du débat sur Belle du seigneur; et je voulais juste te dire que je suis d'accord avec toi; j'ai a-do-ré ce livre; il fait partie de mon panthéon littéraire; (juste à côté de Lolita/Nabokov); cohen a un style merveilleux; ses personnages sont très modernes au contraire; ainsi que l'amour qu'ils vivent; et dans l'extremisme de leurs passions; solal surtout naturellement; il me fait penser à sean penn tiens tout à coup; enfin bon je ne suis pas une spécialiste ni une grande critique littéraire; et j'ai trop chaud pour réussir à bien argumenter; je tenais juste à dire que tu n'es pas seul contre toutes à aimer ce livre; voilà c'est fait; bye
Ecrit par : carareglisse | 23 juillet 2006
Bonsoir.
Tiens ! C'est étrange que votre commentaire ne s'affiche pas sur la colonne de droite ? Ce blog prend vraisemblablement la poussière.
Ecrit par : Axël | 25 juillet 2006
Ah si.. Deux jours après. Poussière donc..
Ecrit par : Axël | 25 juillet 2006
non c'est parce que hautetfort me filtre; j'ai un mal de chien à laisser des com; sans doute parce que je viens d'un site concurrent ?
Ecrit par : carareglisse | 31 juillet 2006
Hahaha! Juste.
Ecrit par : WW | 05 septembre 2006
Carareglisse, la preuve, je ne viens de voir votre second commentaire que maintenant, grâce à ce mystérieux WW... C'est dire s'il y a du traffic ici.
Je reviendrai, un jour.
Ecrit par : Axël | 05 septembre 2006
Salut, j'aime bien ton blog, est-ce qu'il serait ppossible de faire unn é cgange de liens. Si vous êtes d'accord contactez-moi par mail.
Ecrit par : Champigny | 05 octobre 2006
Menteur.
Ecrit par : Axël | 06 octobre 2006
Je découvre la version II avec un immense plaisir. J'avais vivement regretté la disparition de la première après, je crois, seulement quelques jours à l'affiche.
Ecrit par : Morès | 19 novembre 2006
Eh bien Morès, vous voyez : un de vos héros légendaires est toujours vivant.
Ecrit par : Philippe | 26 novembre 2006
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