« 2006-02 | Page d'accueil
| 2007-08 »
11 mai 2006
La nuit où j'ai été Victor Hugo (remix)
L’autre nuit je rentre furieusement inspiré. Allez savoir pourquoi, je suis complètement ivre mais je me persuade d’écrire à tout prix quelque chose : un incipit d’une importance majeure, la réflexion qui tue ou le vers de la mort – rien à voir avec le film - que sais-je ? Un semblant d’acouphène en fond et la violente impression que Victor Hugo est tombé dans mon verre. Urgence. Papier, crayon – mine cassée je m’acharne, au pire je relirai grâce au relief ; la feuille se déchire. Trop risqué. Commencer par allumer la lumière. Fuck ! Surtout ne pas laisser les muses de Victor au voisin, ou pire, à ce troupeau de jeunes qui passent en hurlant sous ma fenêtre – ouverte sur ce que les gens de bon sens appellent un mythe. C’est qu’il y a malheureusement peu de gens de bon sens qui ont la chance de vivre dans ce climat de légende. Alors ils sont jaloux. Certainement. Et puis que feraient-ils de mes muses, ces jeunes. Ils sont déjà poètes, d’office ; ont-ils d’ailleurs besoin d’écrire quoi que ce soit ? Moi, déjà trente ans, c’est pas gagné.
La lune est au bon endroit, sans aucun doute. L’ai-je déjà vue ailleurs qu’à quelques centimètres du coin gauche de la fenêtre ? Peut-être. Il y a longtemps et sous une forme tout à fait différente. Plus d’encre ! Plus de cartouche ! Je n’ai pourtant jamais aimé Victor Hugo. Un feutre fera l’affaire. Non, pas les Misérables - faut pas déconner hein, même à quatre heures du matin et avec le front en sang - bizarre ça d'ailleurs - on verra pour le titre ensuite. Le vent, certainement. D’habitude il me rend fou ou me laisse une implacable migraine, là il me rend juste Victor Hugo. A moins que ce ne fût ce petit tour en vélo une fois de plus emprunté à K. Possible. Il n’y avait pas de vent. C’est que j’ai une passion pour le vélo à trois heures du matin moi, pourvu qu’il soit vieux, qu’il grince, que sa propriétaire l’ait appelé Mishima pour une raison qui m’échappe et que je ne doive pas rentrer avec. Qu’importe ! Voilà c’est écrit, c’est noté, c’est là ! Demain il n’y aura plus qu’à tirer sur la ficelle. Je plie la feuille, la glisse entre deux livres, éteints la lampe, me couche et sombre dans ce que les gens de lettres appellent le sommeil. Je ne sais si j’ai rêvé de panthéons roses et de lauriers en plastique mais au réveil aucun souvenir de cet épisode, rien. Ce n’est que bien plus tard et presque par hasard que j’ai redécouvert, non sans émotion, ce morceau de papier à moitié déchiré. Le fruit de ma furor divinans tenait donc en trois lignes presque illisibles, dont cette profonde réflexion concernant la Tour de Pise :
« Je penche donc je suis. »
Cet aphorisme poignant :
« Le bonheur c’est comme le malheur mais en bien »
Ce début de roman prometteur :
« C’était en décembre, à l’orée du solstice, alors que je revenais d’un long voyage en Allemagne – non, j’déconne. »
Bref, je vais tenter de réduire ma consommation d’alcool hebdomadaire à zéro. Au moins pour cette semaine. Quant à la prochaine fois où je me sens devenir Victor Hugo ce sera au lit, sans sommation.
Soundtrack : Darkthrone – Too old too - fucking - cold
10 mai 2006
Exercice V
Ils se tuèrent et eurent beaucoup d'encens.
23:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Inerties II
Enlinceulée d'ombres et de souvenirs, elle s'avança crépusculaire vers l'unique fenêtre de la chambre qu'elle ouvrit grande et grinçante sur des gonds éreintés. Novembre entra. Glacial.
Les notes anesthésiaient l'espace ouvert sur l'automne et paraissaient s'étourdir à travers la ville éteinte par les journées d'averses. Les battements de son coeur, une fois de plus, s'étaient calés sur les systoles de la musique, imperturbables et scintillantes, comme les éclipses d'un phare au bout du soir cadencent la fin du voyage.
Au-dessus de la dentelle acérée des toits la lune tentait péniblement de se frayer un chemin parmi la nuit, entraînant avec elle la flore fuligineuse d'un nuage. En bas, toute la crasse du monde semblait sourdre de la rue noire où suintait l'éclat désabusé des réverbères. Elle se pencha, crépusculaire, de l'unique fenêtre de la chambre.
Inertie.
Soundtrack : Joy Division - She's lost control
23:30 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


