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17 août 2007

Exercice VI

A quoi bon se souhaiter de beaux rêves, au risque de rendre nos journées d’une fadeur à crever ? Souhaitons-nous plutôt d’abominables cauchemars et des songes d’une horreur abyssale, devant lesquels l’existence la plus sordide et les pensées les plus alarmantes seraient des gouffres d’indolence.

A la clé, des réveils salutaires et des matins que l’on aborde à la manière d’un rescapé ; la maigre compensation du réel.

 

Soundtrack : The Doors – The Crystal Ship

14 août 2007

Grande Braderie (on refourgue)

« Le duel affine les mœurs, comme la censure le style. »

Je ne sais si j’affine mon style ici mais pour ce qui est de la censure je n’y vais pas de main morte, au point que lorsque je me relis il m’arrive après deux trois jours de ne plus savoir de quoi j’ai bien voulu parler dans ces foutus billets. Ils deviennent à la longue presque aussi incompréhensibles pour moi que pour vous ; je ne dis pas ça pour vous faire plaisir, croyez-moi. J’ai même soupçonné, il y a quelques temps, un ennemi de poster à ma place. A l’heure qu’il est je ne sais toujours pas quelle est sa part d’implication dans l’histoire. J’ai pourtant pris soin de le faire parler en plongeant sa tête dans un liquide, à intervalle régulier, de façon à ce que nous puissions, lui et moi, être rapidement fixés sur l’affaire qui nous concerne. Il a avoué bien entendu, après avoir nié pendant près d’un quart d’heure ; c’est que je peux me vanter d’avoir quelques ennemis coriaces. Cela dit, je me doute bien que la peur de la mort puisse lui faire dire n’importe quoi. Cette petite anecdote n’a d’ailleurs rien changé entre nous. Nous sommes toujours ennemis, comme si rien ne s’était passé en somme.

Quelqu’un de moins impulsif aurait pu me conseiller de relever les empreintes. Mais à quoi bon. J’ai déjà prêté mon clavier plusieurs fois, et perdrais moins de temps en tentant de déchiffrer ce qui est écrit sur ce blog qu’en dressant une liste de toutes les personnes qui ont eu cet objet entre les mains. Je suis d’un naturel prêteur et si je peux me vanter d’avoir des ennemis allemands je peux aussi me targuer de posséder un clavier de bonne facture. Il n’y a guère que les lettres F qui ne fonctionnent pas, celles du haut, car celle du milieu ne m’a jamais posé aucun souci, je n’ai d’ailleurs jamais compris à quoi servaient tous ces F de rechange. Je dois bien me rendre à l’évidence : si une touche doit céder sous les frappes de ma main droite le L est en première place. Je redoute d’ailleurs avec effroi cet instant où amputé d’une lettre je serai obligé de devenir le Georges Perec de Haut et *ort.

Tout cela, me direz-vous, en levant les yeux au ciel et en vous passant un gant d’eau fraîche au visage, ne nous indique pas pour quelle raison je suis dans l’incapacité de comprendre un traître mot à mes propres billets. J’ai bien pensé faire appel à un exégète mais par les temps qui courent ces professionnels sont hors de prix et n’hésitent pas à se comporter comme de véritables porcs dès qu’ils se sentent un peu indispensables. Il ne me reste donc plus qu’à cesser de me censurer. Malheureusement le fait de savoir que certaines connaissances m’aient repéré et passent des nuits entières à analyser chacune de mes phrases me contraint à faire preuve d’une prudence démesurée pour ne pas en mettre d’autres sur la voie. Or ce n’est qu’un blog et la censure permanente est fatigante. La meilleure solution serait d’arrêter. En même temps, je ne veux pas m’exposer à des vagues de haine sans précédent, même si l’on est conscient ici que le niveau à sérieusement baissé, mais bon, que voulez vous ? Hein ? Vous voulez quoi ?

C’est alors que Côme, à qui je parlais de cette affaire, me rappelle qu’il reste encore une solution, simple, efficace, radicale, à laquelle je n’avais pas pensé : La Loi du Reichsmark.

Cette loi a déjà fait ses preuves. Beaucoup d’hommes d’état y auraient eu recours afin de venir à bout de crises majeures. La technique est assez simple mais il faut éviter de faire n’importe quoi ou de s’en servir à tort ou à travers, car même si elle s’apparente au vulgaire « pile ou face ». Tsss… la Loi du Reichsmark ne prend tout son sens qu’à la seule condition d’utiliser un authentique Reichsmark. Les résultats sont souvent prodigieux, bien que la règle soit d’une simplicité enfantine.

Suivant si je tombe sur Hindenburg ou sur l’aigle à svastika – je prends ici le cas d’une pièce de 2 Reichsmark de 1938 – les autres, pour les trouillards disons – je continue à poster vaille que vaille, comme le ferait un enfant ou un être un peu dérangé, sinon, eh bien au diable le blog ! Quoi de plus clair ?

Me reste à mettre la main sur un Reichsmark mais à l’heure qu’il est les numismates décuvent. Il me faudra donc attendre un peu pour vous donner le verdict, du moins si le Reichsmark m’autorise à venir encore traîner par ici.

 

Soundtrack : Vivaldi – Il Cimento dell’armonia e dell’inventione – Estate / Fabio Biondi – L’Europa Galante

 

Drunk Entries I

C’était un Après-midi Mystique, du genre foutage de gueule littéraire pour les nuls. Aucun d’entre-nous n’avait préparé quoi que ce soit, tous étaient au service de l’exactitude comme d’autres sont au service du mal, par le biais d’une improvisation permanente sur laquelle nous fixions nos fantasmes ; sans les mains. Altiers nous portions des cartons fantasques sur lesquels brillaient, cousues de fil dentaire, quelques initiales mystérieuses dont nous seuls savions apprécier le sens. Ainsi nous y lisions quelques A rigolards, et deux trois I chétifs ; à part ça : des consonnes et des E et des O et de grands U aussi, dont la morgue légendaire déployait leurs rafraîchissantes ténèbres sans lesquelles nous serions tous morts de chaud. Nous haïssions Rimbaud et l’assuétude au speed rendait les doux vaguement violets, tandis que les violents se vautraient dans l’opium avec cet air étrange que l’on a vu mille fois. On y venait sans avoir été convié, il suffisait de présenter son carton d’invitation (et huit bouteilles d’alcool)  à la hiérarchie et entrer dans la danse sans faire le moindre faux-pas, au début du moins, car à la fin l’ivresse faisait de nous des épileptiques exemplaires ; tout n’était qu’hystérie et sensualité, et si parfois l’on apprenait, à demi-mot, qu’un décès était survenu suite à une vie dont la date de péremption avait été dépassé par inadvertance, nous applaudissions distinctement, afin que la Mort puisse entendre à quel vacarme s’en tenir.

C’était très naturel, il n’y avait rien de normal à cela, mais nous n’avions pour les sentiers de terre battue, comme pour les autoroutes, aucun jugement de valeur, un sentiment peut-être, vague, élancé, féminin, éclairé par des étoiles oubliées à l’entrée, comme un parapluie que l’on retournera chercher plus tard. Peut-être. Si la vitesse à laquelle nous réagissions à la moindre incartade n’avait de la foudre que l’éclat, nous tolérions chaque excentricité avec un sourire entendu, un rictus de façade. Un petit « va te faire foutre » parfois. C’était comme ça ; d’ailleurs peu de gens pleuraient. Une poignée d’illuminés tout au plus - qui faisaient qu’une certaine harmonie était respectée, et que l’Après-midi Mystique était en phase avec le cosmos, et le reste, par extension. Par extension seulement. L’équilibre et la nuance étaient essentiels, à partir du moment où seul l’excès primait. « Nous est un autre » était notre devise. Rien de tout cela n’avait de sens pour les badauds ; ils étaient d’office exclus et (les pauvres) frappaient aux carreaux de toutes leurs forces, comme de véritables mouches à merde. On en riait. Surtout les femmes. De vraies anarchistes, triées sur le volet, haïssant la mixité autant que la démocratie et arborant sur leurs seins, dont la densité variait presque autant qu’une mer houleuse un soir de septembre, une photo de Marie-Antoinette d’un érotisme poignant. « Non, vous n’aurez pas la France ! », lançaient-elles, ces dernières représentantes de la folie sans fard. Elles ne vieilliraient jamais.

Les chambres étaient si grandes qu’il nous suffisait de nous assoupir un instant pour ne plus éveiller en nous le moindre appétit pour la fadeur, c’était extravagant, disaient les plus candides ; à nous rendre malades. Alors on s’éclipsait sans bruit, autour de dix-neuf heures, et trinquions aux calendes sur fond d’Erik Satie. Le fond de l’air effraie, pour qui n’avait rien vu. Nostalgiques et amers, nous errions dans les rues, frappant ce qui bougeait d’un œil extralucide, et qui ne bougeait pas savait que nous avions beaucoup d’estime pour lui. C’était cela, l’Après-midi Mystique. Vaguement.

 

Soundtrack : Siouxsie and the Banshees – Love in a void

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